mardi 25 mars 2008

Chirac était-il un Européen convaincu?

Au moment où Nicolas Sarkozy connaît l’un des soufflets les plus mémorables de l’histoire politique française – sa dégringolade dans les sondages a été aussi rapide que sa montée en puissance – les dinosaures effectuent leur come back.

Il y a quelques semaines, en manque de bain de foule et souhaitant faire le plein de produits du terroir, Jacques Chirac – ce bon vieux Jaco – venait serrer la main des visiteurs et des exposants du salon de l’agriculture. Bien loin du mépris qu’avait essuyé l’actuel président de la république quelques jours plus tôt, à qui l’un des visiteurs reprochait d’être « salissant », Jacques Chirac s’est, au contraire, vu adressé tous les honneurs.

Cet espèce de retour vers le passé aurait pu être tout simplement amusant si la presse n’avait pas saisi le coche pour déclarer le « retour » de Chirac dans le cœur des Français, voire même dans celui des Européens…

La nostalgie Chi-chi…

Il est vrai que certains regrettent l’ancien chef de l’Etat français sur la scène internationale et que nos partenaires européens laissent parfois paraître une certaine nostalgie pour le couple Chirac-Schroëder. Certes moins passionné que celui formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel – sorte de « je t’aime, moi non plus » parfois déroutant – le duo était plus consensuel. Les deux pontes avaient le mérite de porter l’Europe sans trop la brusquer.

Or, au moment où l’activisme sarkoziste appelle quelques craintes chez nos partenaires européens, le style plus traditionnel de son prédécesseur en vient parfois à être regretté. L’esprit européen de Jacques Chirac, s’il pouvait autrefois être taxé de minimaliste, avait au moins le mérite de la sobriété.

Sarkozy l’affirme, il est un Européen convaincu (et pour preuve : le drapeau européen jouxte toujours l’étendard français lorsqu’il prend la pause) ; Chirac, lui, n’a jamais montré autant d’enthousiasme.

Sans doute cet écart d’affichage est-il lié au contexte très particulier dans lequel se trouvent aujourd’hui l’Union européenne et a fortiori la France : un traité renégocié sur la base d’un rejet français, des référendums à suspens en Irlande et en Slovaquie, une présidence française qui aura à charge la mise en œuvre des dispositions techniques du nouveau texte. A côté de cela, un futur président de l’Union européenne qui s’agite, semant le trouble autour de l’Union pour la Méditerranée et de la PAC, s’apprêtant à engager des dépenses publiques inconcevables au regard du déséquilibre budgétaire dont nous sommes responsable à Bruxelles.

Pourquoi un tel désamour ? Analyse giscardienne.

Dans une tribune qui lui était accordée par le magazine l’Express, Valérie Giscard d’Estaing (VGE pour les intimes) minimise ce désamour que l’on qualifie également de défiance. Selon l’initiateur de la Convention sur l’Europe, pygmalion de la Constitution européenne, « imaginer que cette présidence va permettre à la France de s’emparer de l’Europe [est] un absurde contre-sens qui risque d’accentuer l’image d’arrogance des Français. »

Même s’il reste discret quant à la politique européenne de Sarkozy, l’ex UDF ne cache pas son optimisme dans un entretien accordé au Point : « Souhaitons que les 500 millions d’Européens puissent lui être reconnaissant du soin, de la modération et du savoir-faire que [la France]apportera à dégager des solutions communes auw problèmes qui entrent dans la compétence de l’Union européenne ».

Retrouvez cet article sur : www.pariscafebabel.com/fr/

lundi 24 mars 2008

Le chef du village gaulois au salon de l’agriculture

Dans la perspective d'un article que j'ai écrit et qui sera prochainement mis en ligne, je voudrais vous introduire cette excellente analyse produite par Julien de Cruz, un rédacteur de Café Babel. Association dont je fais également partie, Café Babel est est un magazine européen en ligne www.cafebabel.com .



Je vous joins également la traduction de cet article en espagnol, car il faut favoriser la multiculturalité !


Le chef du village gaulois au salon de l’agriculture

Nicolas Sarkozy commence à nous habituer à ses coups d’éclat, l’insulte proférée au salon de l’agriculture en fût une de plus. Pourtant la foire agricole de la porte de Versailles lui a aussi donné l’occasion de redéfinir selon ses termes la politique agricole commune et la politique agricole de l’Union Européenne au sein de l’OMC. Qu’en penseront Bruxelles et nos voisins européens?

Le village gaulois

On a beau dire, un président qui se bagarre c’est tout de même amusant.Le salon de l’agriculture faisait déjà parti du folklore avec Chirac flattant les vaches et goûtant les rillettes. L’édition 2008 aura plutôt rappelé l’étal du poissonnier du village gaulois, pour le divertissement de tous.

On a tort de minimiser l’impact de ce rendez-vous annuel. L’agriculture reste un secteur très important de l’économie française, abritent une large population et font partie de notre culture. Les présidents de la république l’ont tous compris et Sarkozy le citadin du Fouquet’s a également du se prêter à l’exercice difficile de charmer la France rurale. Il a tenu un discours d’environ une heure abordant les préoccupations majeures des agriculteurs. Parmi les plus pressantes d’entre elles, la politique agricole commune.

Une politique offensive

Ton fraternel mais ferme, Nicolas Sarkozy s’est fait l’avocat d’une nouvelle politique agricole commune plus “offensive” loin de “la posture pûrement défensive et conservatrice qui a trop souvent été [celle de la France]”. Ici difficile de lire entre les lignes. Le président fait référence au bilan de santé de la PAC dressé en novembre par la Commission. Une nouvelle répartition des aides accordées aux Etats membres sera sûrement au nombre des remèdes prescrits. Un facteur d'inquiétude pour les agriculteurs français; les plus importants bénéficiaires de la PAC au grand agacement de nos voisins. Nicolas Sarkozy a-t-il annoncé des diminutions des subventions inévitables ou sa volonté d’imposer ses conditions à ses partenaires européens? La question reste en suspend.

La préférence communautaire

Dans le même temps le président a ressorti du placard le fantôme de la “préférence communautaire”. Cette politique a permis à l’agriculture européenne de se développer dans les premiers temps de l’intégration européenne. Frappant de taxes les produits extra-communautaires et instaurant un système d’aide mutuelle, ce système protectionniste est devenu difficile à maintenir avec la libéralisation du commerce international. Nicolas Sarkozy a affirmé dans le même temps vouloir peser de tout son poids au sein des négociations de l’OMC pour éviter le dumping pratiqué par les pays en voie de développement et les pressions américaines.

Marcher sur des oeufs

Le ton est donc donné mais embarasse Bruxelles et nos partenaires européens. Quelques temps après le discours du président, Mariann Fischer Boel, commissaire à l’environnement s’est félicitée de l’allant du président à vouloir prendre part à la réforme de la PAC mais a ajouté “qu’aucune forme de protectionnisme” ne sera acceptable. Un enthousiasme en demi-teinte caractérise une fois de plus les relations entre Paris et Bruxelles.

Loin des projecteurs, l’UE doit accommoder sa politique commerciale extérieure à la nécessité de protéger ses agriculteurs ce qui revient à marcher sur des oeufs. Avec la finesse et la discrétion qui aura caractérisé le passage du président à la foire aux bestiaux, qui douterait un instant qu’il ne puisse mener à bien un tel exercice?

Julien de Cruz

El jefe de la aldea gala en el salón de la agricultura

Nicolas Sarkozy comienza a habituarnos a sus declaraciones sorprendentes, el insulto proferido e el salón de la agricultura fue una más. Sin embargo, la feria de la agricultura de la puerta de Versalles le ha dado la ocasión de redefinir la política agrícola común y la política agrícola de la Unión Europea en el seno de la OMC según sus propias condiciones. ¿Que pensarán Bruselas y nuestros vecinos europeos?

La aldea gala

Al parecer, un presidente que se pelea es al menos divertido. El salón de la agricultura forma parte del folclore, con Chirac halagando a las vacas y probando el paté. La edición 2008 recordará más bien al puesto del pescadero de la aldea gala, para el divertimento de todos.

Nos equivocamos al no dar la importancia debida al encuentro anual. La agricultura sigue siendo un sector muy importante de la economía francesa, forma parte de nuestra cultura y a ella se dedica una gran parte de la población. Todos los presidentes de la república lo han sabido y Sarkozy, el ciudadano de Fouquet, también ha debido prestarse al ejercicio difícil de seducir a la Francia rural. Ha dado un discurso de cerca de una hora abordando las preocupaciones mayores de los agricultores. Entre las más urgentes, la política agrícola común.

Una política ofensiva

En tono fraternal pero firme, Nicolas Sarkozy se ha convertido en el abogado de una nueva política agrícola común más “ofensiva”, lejos de “la postura puramente defensiva y conservadora que ha mantenido Francia en el pasado”. Es difícil en este caso leer entre las líneas. El presidente hace referencia al balance del estado de salud de la PAC realizado en noviembre pasado por la Comisión. Una nueva repartición de las ayudas acordadas a los estados miembros será seguramente uno de los remedios recetados. Un factor de inquietud para los agricultores franceses, los más importantes beneficiarios de la PAC para el gran disgusto de nuestros vecinos. ¿Ha anunciado Nicolas Sarkozy las inevitables disminuciones de las subvenciones o su voluntad de imponer sus condiciones a sus socios europeos? La pregunta queda sin respuesta.

La preferencia comunitaria

Al mismo tiempo el presidente ha sacado del armario al fantasma de la “preferencia comunitaria”. Esta política ha permitido el desarrollo de la agricultura europea al comienzo de la integración. Tasando los productos extracomunitarios e instaurando un sistema de ayuda mutua, este sistema proteccionista se ha vuelto difícil de mantener en un contexto de liberalización del comercio internacional. Nicolas Sarkozy afirma al mismo tiempo querer poner todo su empeño el las negociaciones de la OMC para evitar el dumping practicado por los países en desarrollo y las presiones americanas.

Caminar sobre huevos

El programa ya se ha dado de conocer pero incomoda a Bruselas y a nuestros socios europeos. Poco después del discurso del presidente, Mariann Fischer Boel, comisaria del medioambiente se ha felicitado de la voluntad del presidente por avanzar en la reforma de la PAC pero añade que “ninguna forma de proteccionismo” será aceptable. Un entusiasmo de medias tintas caracteriza una vez mas las relaciones entre Paris y Bruselas.

Fuera de escena, la UE debe acomodar su política comercial exterior a la necesidad de proteger a sus agricultores de lo que viene a ser caminar sobre huevos. Con la fineza y discreción que han caracterizado el paso del presidente por la feria del ganado, ¿quién podría dudar por un instante que no pueda llevar a cabo tal ejercicio?

Trad: Marina González Vayá

mercredi 5 mars 2008

« L’opinion publique européenne », un pur produit statistique …

Comment parler d’opinion publique européenne quand on sait que l’Europe n’est pas vraiment un sujet d’intérêt public et que la case « n’a pas d’opinion sur la question » des sondages emporte souvent un pourcentage déconcertant ?

LA référence européenne en matière de sondage, c’est bien évidemment l’Eurobaromètre.

En 1974, la Commission lançait cet outil censé donner une photographie de l’opinion publique en Europe au lendemain des premiers élargissements. Il s’agissait alors, pour l’Union européenne en construction d’évaluer l’impact des nouvelles adhésions parmi les populations des nouveaux Etats membres, et chez les fondateurs. L’Europe politique, alors balbutiante, entrait dans sa phase « d’activisme démocratique ».

Depuis, cet outil a évolué. Les questions se sont diversifiées pour s’étendre à de nouveaux domaines comme le climat, l’énergie, l’environnement, le terrorisme, etc. Ces changements révèlent, outre un déplacement des préoccupations de l’UE, un élargissement de ses compétences et le besoin d’emporter l’adhésion publique.

L’Union européenne occupe aujourd’hui une place prépondérante sur le plan législatif, éthique et politique : Instrument législatif devenu incontournable dans le domaine communautaire, elle concurrence l’ONU dans son rôle éthique en intégrant la Charte des droits de fondamentaux au Traité de Lisbonne. Aujourd’hui, faire partie de l’Union européenne représente une véritable plus-value pour les membres de la communauté internationale et les prémices d’une « fierté communautaire » se dessinent parmi les populations d’Europe.

Face à un tel décollage, « l’Europe puissance » ne s’y est pas trompée ; pour que ses institutions subsistent et pour continuer à agir en toute liberté, il fallait s’assurer l’assentiment des peuples d’Europe.

Le sondage, cette belle invention ne peut être légitimement récrié si nous le considérons comme un lien entre les institutions et les populations ; comme le témoin lumineux d’une volonté de transparence et de proximité, à l’image du médiateur européen ou du droit de pétition.

Il ne faut pourtant pas être trop angélique ; les sondages d’opinion publique nous annonçant que les Européens accordent majoritairement leur soutien et leur confiance aux institutions européennes savent faire parler les chiffres à bon escient. Sans aller jusqu’à parler d’artifice, force est de constater que, de façon générale, les sondages d’opinion sont instrumentalisés par ceux qui les orchestrent.

Dans le dernier Eurobaromètre (68) – sondage standard – la question A13 se pose en ces termes : « Tout bien considéré, estimez vous que votre pays a bénéficié/bénéficierait ou non de son appartenance à l’Union européenne ? ». Un large pourcentage des pays de la zone Europe répondent favorablement, et pour cause. Le résultat aurait-il été le même si l’on avait demandé : « Estimez-vous les bénéfices de l’adhésion à l’Union européenne suffisamment importants pour compenser les inconvénients qui y sont liés ? ».

Les sociologues sont les premiers à avoir analysé le phénomène de conditionnement et d’infléchissement des sondages. Même si les Eurobaromètres sont un bon moyen d’évaluer l’évolution de l’opinion publique européenne sur la base d’un questionnaire fixe, il n’en reste pas moins que les questions contingentées sont soigneusement choisies pour valoriser certaines initiatives. Ainsi, au lendemain de l’élargissement à la Roumanie et à la Bulgarie, pour éviter que la tendance au replis communautaire n’altèrent cette success story, la Commission détourne le débat en lançant un Eurobaromètre spécial sur « Les citoyens des nouveaux Etats membres de l’UE et l’aide au développement ». Tout l’art de tuer un débat dans l’œuf en communicant sur les initiatives moralement indiscutables et indiscutées.

La preuve par l’opinion

La grande opération de la Commission Communication et Information de l’UE pour valoriser l’Union et améliorer sa visibilité auprès des Européens – le fameux « Plan D » (Démocratie, Dialogue, Débat) – lancé en octobre 2005, a démultiplié le recours au sondage. L’UE agit comme si elle avait besoin de se prouver à elle-même qu’elle agit démocratiquement. Soulagée par les conclusions des derniers rapports montrant un soutien croissant des Européens pour l’Europe (surtout chez les jeunes) et une amélioration de l’indice de confiance, elle semble négliger le principal fondement de la gouvernance démocratique : le débat participatif. Certes, la Commission cherche à renouer le dialogue en participant à des projets comme celui d’« Ideas Factory Europe », un espace de débat généré par l’European Policy Centre, think tank européen très influent à Bruxelles. Tout ceci reste pourtant très volatile.

Si tous ces procédés donnent bonne conscience aux institutionnels et aux politiques européens, la conscience européenne des citoyens, elle, n’est pas aussi aboutie que ce que les analystes veulent bien le faire croire. Espérons seulement que c’est le coup de pied dans la fourmillère qui permettra de passer d’un modèle de communication-promotion à celui d’une communication-appropriation.