Comment parler d’opinion publique européenne quand on sait que l’Europe n’est pas vraiment un sujet d’intérêt public et que la case « n’a pas d’opinion sur la question » des sondages emporte souvent un pourcentage déconcertant ?
LA référence européenne en matière de sondage, c’est bien évidemment l’Eurobaromètre.
En 1974,
Depuis, cet outil a évolué. Les questions se sont diversifiées pour s’étendre à de nouveaux domaines comme le climat, l’énergie, l’environnement, le terrorisme, etc. Ces changements révèlent, outre un déplacement des préoccupations de l’UE, un élargissement de ses compétences et le besoin d’emporter l’adhésion publique.
L’Union européenne occupe aujourd’hui une place prépondérante sur le plan législatif, éthique et politique : Instrument législatif devenu incontournable dans le domaine communautaire, elle concurrence l’ONU dans son rôle éthique en intégrant
Face à un tel décollage, « l’Europe puissance » ne s’y est pas trompée ; pour que ses institutions subsistent et pour continuer à agir en toute liberté, il fallait s’assurer l’assentiment des peuples d’Europe.
Le sondage, cette belle invention ne peut être légitimement récrié si nous le considérons comme un lien entre les institutions et les populations ; comme le témoin lumineux d’une volonté de transparence et de proximité, à l’image du médiateur européen ou du droit de pétition.
Il ne faut pourtant pas être trop angélique ; les sondages d’opinion publique nous annonçant que les Européens accordent majoritairement leur soutien et leur confiance aux institutions européennes savent faire parler les chiffres à bon escient. Sans aller jusqu’à parler d’artifice, force est de constater que, de façon générale, les sondages d’opinion sont instrumentalisés par ceux qui les orchestrent.
Dans le dernier Eurobaromètre (68) – sondage standard – la question A13 se pose en ces termes : « Tout bien considéré, estimez vous que votre pays a bénéficié/bénéficierait ou non de son appartenance à l’Union européenne ? ». Un large pourcentage des pays de la zone Europe répondent favorablement, et pour cause. Le résultat aurait-il été le même si l’on avait demandé : « Estimez-vous les bénéfices de l’adhésion à l’Union européenne suffisamment importants pour compenser les inconvénients qui y sont liés ? ».
Les sociologues sont les premiers à avoir analysé le phénomène de conditionnement et d’infléchissement des sondages. Même si les Eurobaromètres sont un bon moyen d’évaluer l’évolution de l’opinion publique européenne sur la base d’un questionnaire fixe, il n’en reste pas moins que les questions contingentées sont soigneusement choisies pour valoriser certaines initiatives. Ainsi, au lendemain de l’élargissement à
La preuve par l’opinion
La grande opération de
Si tous ces procédés donnent bonne conscience aux institutionnels et aux politiques européens, la conscience européenne des citoyens, elle, n’est pas aussi aboutie que ce que les analystes veulent bien le faire croire. Espérons seulement que c’est le coup de pied dans la fourmillère qui permettra de passer d’un modèle de communication-promotion à celui d’une communication-appropriation.
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